Jean-Baptiste AVRIL

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  • Plus de 50 missions (Afrique, Asie, Europe) pour la communication des Nations-unies.
  • Reportage presse & édition.
  • Corporate
  • Nombreuses collaborations avec des architectes d'envergure internationale (Paul Chemetov - Borja Huidobro - Cuno Brullmann etc) dans le cadre de relecture photographique de leurs oeuvres.
  • Ouvrages (monographies).
Travaux personnels

Pensées Photographiques


Photographie (définition): Ecrire avec la lumière,.

mais pas que...

La distance

L’enseignement traditionnel de la photographie fait rarement état de cette fondamentale relation au sujet/relation à soi-même. L’on apprend la technique, l’on s’entraîne à la dépasser, mais sans vouloir précipiter les étudiants dans les abimes de la philosophie ou de la psychanalyse, il serait certainement bon d’envisager une approche plus intellectuelle de la relation au sujet.Le boîtier, c’est ce qui sert à enregistrer le constat de notre désir photographique, mais plus important encore reste l’optique qui définit la distance/perspective. Oublions l’amplitude du zoom car nous n’avons qu’un oeil, d’un champ bien défini, avec lequel nous observons le monde depuis le plus jeune âge. Ensuite, toujours afin de coller à nos schémas socio-culturels préexistants, gardons bien à l’esprit que cet oeil est plus ou moins ouvert, plus ou moins étriqué, plus ou moins amoureux de la vie et de l’autre.Choisir une optique, c’est affirmer notre rapport au monde avec toute notre empathie mais aussi toutes nos inhibitions. C’est un choix décisif mais pas gravé dans le marbre car potentiellement évolutif. Dans l’absolu, rien n’oblige à suivre les enseignements de Marivaux ou de Capa car il n’est pas totalement déshonorant de refuser cette connaissance que la proximité nous offre. Certains grands photographes sont resté dans une contemplation du paysage souvent liée à l‘utilisation de longues focales. Pour des questions purement techniques, les natures-mortes et la représentation d’objets restent aussi tributaires des mêmes outils optiques. Mais dans le monde d’aujourd’hui où la majeure partie de l’image représente l’Homme dans son quotidien, cette réflexion sur la distance doit être primordiale.Sans vouloir jouer sur les mots, choisir une optique c’est définir un objectif.« J’ai peur de », « j’ai envie de», des équations simples qui régissent l’ensemble de nos relations, vis-à-vis des autres et autant envers nous-mêmes, parce qu’il est difficile en fait de ne pas appliquer à soi ce que l’on administre à autrui. Ce n’est pas une espèce de romantisme déguisé, mais le choix d’une focale est lié à la distance que l’on met entre l’Autre et nous-même. Certains y verront une question d’esthétique mais personnellement je conçois une forme d’engagement et/ou de timidité, l’un et l’autre à la fois respectable et contraignant. Très proche, trop proche, la subtilité de distance est juste une capacité à transgresser. Pour beaucoup, d’un point de vue technique lié à ce que l’on appelle la Profondeur de Champ (la quantité de flou avant et après le sujet), le problème est lié à question d’argent, mais aussi beaucoup de snobisme. Entre un 50mm à f2 et le même 50mm à f1,4, l’on compte plusieurs centaines d’euros d’écart. Bien évidemment à profondeur de champ égale, l’économie se traduit en fait par le prix d’un pas en avant, à peine 30 centimètres. Une distance parfois impossible à franchir alors que l’on n’est qu’à un mètre et quelque de son sujet… Rêvons un peu, soyons fous, économisons cette peur de l'autre… Faisons ce pas…Comme tant d’autres photographes de ma génération, j’ai commencé au 50mm, sans même savoir à l’époque que c’était l’objectif fétiche de Cartier-Bresson. Vendu en kit, de conception ancienne, c’était aussi le plus abordable. La découverte tardive des « Carnets Mexicains » a officialisé pour moi le fait que, selon l’angle choisi, avec ce même objectif, la perspective pouvait être confondue entre un semi grand-angle (28mm) ou un petit télé (85mm). Avec l’apprentissage du Leica, mais surtout du 35mm, il est devenu clair que le champ d’une optique n’est en fait que celui de l’esprit. Le cadre, c’est tout simplement l’équivalent de la largeur d’une ligne et l’épaisseur de la plume sur une page d’écriture. Ce qui compte est le rapport au mot, la distance entre le coeur et l’esprit. Economiser l’effort, l’oublier en fait…

35mm. Je danse et tournois au rythme de leur respiration. 1/8 seconde, le temps de partager une intimité. 1996A dix mètres l’on doit calculer. A un mètre et quelque, l’on vit ce qui se passe. Sueur, odeur, souffle, tension, intimité, l’on respire sans contrainte l'essentiel de son sujet. Le meilleur zoom d’un photographe, ce sont ses pieds, et moins trivialement son âme.Ayant évoqué Henri Cartier-Bresson, et à ce stade de ma perception de la distance photographe/sujet, il serait difficile de passer sous silence ce qui fût l’un de ses livres de chevet, un ouvrage que j’essaie moi aussi de relire au moins une fois par an, « Le zen dans l’art chevaleresque du tir à l’arc » de Herrigel. Une fois dépassé l’humble apprentissage de l’outil, l’archer zen expérimenté devient capable de décocher sa flèche au coeur de la cible dans le noir absolu, de par sa connaissance intime ET de la cible ET de lui-même, sans oublier bien sur les conditions dans lesquelles il pratique son art. A ce stade, il ne s’agit plus bien évidemment ni de performance ni de réussite, mais de parfaite symbiose entre l’auteur du geste, son intention première, et son intime perception quand à l’objet de toute son attention. Il serait d’ailleurs prétentieux d’occulter l’importance de l’objet même, en niant sa propre acceptation de l’acte qui le cible, mais cela sera plus tard développé dans le cadre de l’acceptation nécessaire/tacite du sujet à celui qui le photographie, et qui doit être gérée.Distance semble souvent synonyme d’éloignement, mais du point de vue de la fourmi ou du géant, la perception est toujours différente. Pour le photographe, elle se réduit à une intimité qui n’est jamais totalement le fruit du hasard mais qui résulte bel et bien de l’intention de celui qui veut garder une trace du présent. Comme précisé plus haut, le choix d’une optique est lié à un objectif. Encore faut-il être à même de définir honnêtement non seulement son propos photographique mais aussi les moyens que l’on va très sincèrement lui accorder. La facilité, c’est la « zone de confort », celle qui n’engage à rien de précis, juste délimiter les frontières de l’acceptable au centimètre près. Le véritable travail, c’est de questionner son propre rapport à cette zone, remettre en question cette sécurité qui non seulement n’engage à rien mais ne produit rien de tangible non plus. Cette distance voulue, désirée, c’est celle qui va finalement définir ce rapport Eros/Thanatos illustrant le désir ou la dénonciation de cette réalité qui nous fascine et que nous avons besoin d’épouser puis de dépasser. Celle que nous percevons même mieux que ses propres protagonistes déjà englués dans un quotidien sensoriel primaire les privant du « je » au détriment du « nous ».Etre photographe, juger de la distance, c’est être « je ».

© Jean-baptiste AVRIL (texte et photo) 2017

La guerre n'est plus "sexy"

Le titre est volontairement provocateur, mais le sujet est devenu tabou au fil des ans…J’ai connu une époque à laquelle l’information était certes mesurée mais réaliste, à la hauteur des évènements parfois dramatiques qui jalonnent le parcours de l’humanité. C’était avant.

Au rayon conflit, ma culture photographique allait des camps de la mort (Bourke-white, Lee Miller) au Vietnam (John Griffiths) en passant par Chypre (Don Mc Cullin). A propos de ce dernier, il y eu déjà un indice lors de la guerre des Malouines alors que le gouvernement britannique lui refusait une accréditation, bien conscient de la portée historique de ses images. Mais la plupart de celles-ci, qui ont forgé notre conscience collective de l’Histoire, ne pourraient être prises aujourd’hui…


Une femme pleurant son neveu disparu au Vietnam, magnifiquement immortalisée par Constantine Manos, vous ne la verrez plus. Selon les protocoles établis par les forces armées américaines, il faudrait outre l’accord de la famille une autorisation écrite du commandant de l’escadron auquel appartenait la victime. Cet homme dont le geste improbable et désespéré pour éteindre le brasier d’une fourgonnette (James Nachtwey, Dublin), aux oubliettes! Selon les mêmes règles établies par les "coalitions", tout reporter arrivant sur les lieux d’un attentat en Irak ou en Afghanistan avant un laps de temps établi de 90mn était expulsé dans la journée.

Il est vrai que la presse a peut-être abusé, tant les occasions se multipliaient. Conflit Algérien (1991), Bosnie (93), Rwanda (94), Tchétchénie (99), Afghanistan (2001), et bien évidemment le Kuwait et l’Irak, la liste est longue et la surenchère toujours présente. Le public a dans les premiers temps partagé avec compassion cette vision de l’horreur, puis digéré pendant cette décennie l’accumulation de ce qu’est visuellement cet univers, sans doute jusqu'à saturation.

Sur le terrain, les volontaires étaient nombreux, engagés, talentueux, à l’image d’un Luc Delahaye qui a couvert la plupart de ces conflits. Le public s’est peut-être ensuite lassé, ou bien ce sont nos directeurs de rédaction qui ont considéré que le sang et les larmes devenaient moins vendeur. Lors d’une rétrospective en image de l’année écoulée, avec 20 doubles pages sur le conflit Irakien, le seul mort d’une guerre qui en fit tout de même 100.000 est celui d’un Marines, dans un body bag. Le poids des mots, le choc des… des quoi au fait?

Il ya eu aussi les dérapages. Ces fumées de Beyrouth multipliées par Photoshop, ce cadavre d’enfant poussiéreux sorti des ruines d’un bombardement affublé d’un tétine en plastique bleu miraculeusement propre. Ces images de stringers dont la provenance est sujette à caution puisque les reporters dont la déontologie est à toute épreuve ont de plus en plus de mal à accéder au terrain.


Après Sarajevo où les snipers recevaient 500€ par journaliste abattu (et où leur nombre dépassait déjà la première année de conflit le total de toute la guerre du Vietnam), l’on assiste donc impuissant à l’agonie de la Syrie, de Gaza. Une nouvelle forme de virtualité par les chiffres, mais la réalité de ce que cela représente nous échappe quelque part. Bien évidemment, il ne s’agit pas de revenir à cette débauche visuelle de corps meurtris des années 90, mais tout simplement de voir et de savoir, réellement...

© Jean-baptiste AVRIL (texte et photo) 2019
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